Abstract
Style is a matter of life and death. Since Homer, the main literary themes have changed little: love, family, nature, society, power. Ceaselessly renewed by times and personalities of each epoch, the interpretation of these themes warranted the literature’s own value and survival. Without this renewal by style (which is above all a matter of deconstructing previous renewals), the reader would find herself/himself in the situation of Phil Connors – the main character of the film Groundhog Day (1993) – who, entrapped in a time-loop, wakes up every morning condemned to eternally replicate the day before. It is by fleeing the deadly comforts of completion that authors and literature reinvent themselves. The history of style, in short, could be summed up as that of the alternation of its both destructive and revitalizing impulses: Je reformule, donc je suis. I reformulate therefore I am.
To illustrate this idea, I examined the major ruptures that have punctuated the contemporary history of literary style in France, based on the example of a few authors, from Stendhal to the very contemporary Emmanuel Carrère.
After an introduction where I aimed to demonstrate a particular link between the French reader and style – some sort of French national challenge beyond literature – I dedicated the first four chapters to four major authors of the second half of the 19th century. During this period of time, we see resurging a real “modernity” of the writing tone. The authors I consider very important for this period are Stendhal, Flaubert, Rimbaud and Mallarmé.
Those years were followed by a brief surrealist episode, starting in 1920. It would end by breaking the last dam of classical literature. Hence my choice to examine the contribution of two of the most pioneering figures of the 20th century: Marcel Proust and Louis-Ferdinand Céline.
The second half of my thesis is dedicated to the modern period: certainly the Nouveau Roman, but equally, starting with the 90s, the arrival of the subject – je – which anticipates the success of the autofiction.
The problem of style can only be faced straight. That’s why I opted to explore mainly a corpus of primary literature.
To walk the talk, I considered important for my thesis a breakdown of a creative writing workshop that I directed in Paris in 2019. The workshop was called Dire les choses. I thought it was important to include this workshop in order to show how the percentage of writing (écrire) and writing about ourselves (s’écrire) forces us to face a major existential challenge: Distinguish oneself in order to avoid being diluted in the style and reflection of others.
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RÉSUMÉ
Le style est une question de vie ou de mort. Expliquons-nous : les grands thèmes d’inspiration ont assez peu évolué depuis Homère : l’amour, la famille, la nature, la société, le pouvoir. C’est uniquement à l’interprétation de ces thèmes, sans cesse renouvelée au gré des époques et d’individualités marquantes, que la littérature doit son sel et sa survie, au même titre que c’est à l’évolution des idées et des découvertes scientifiques que le monde occidental doit ses croyances et ses raisons d’espérer.
Sans cette régénération par le style (qui est avant tout affaire de déconstruction des renouvellements antérieurs), le lecteur se retrouverait dans la situation de Phil Connors qui, dans le film Groundhog Day (1993), se réveille chaque matin condamné à revivre la même journée que la veille. C’est en fuyant le mortifère confort de l’achèvement que se réinventent les auteurs et la littérature. L’histoire du style, en somme, pourrait se résumer à celle de l’alternance de ses pulsions destructrices et revitalisantes : Je reformule donc je suis.
Pour illustrer cette idée, j’ai examiné les ruptures majeures qui ont émaillé l’histoire contemporaine du style littéraire en France à partir de l'exemple de quelques auteurs, depuis Stendhal jusqu’au très contemporain Emmanuel Carrère.
Après une introduction dans laquelle j’ai cherché à démontrer le rapport particulier du lectorat français au style, enjeu national s’étendant bien au-delà de la seule littérature, j’ai consacré les quatre premiers chapitres à quatre auteurs emblématiques de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, période au cours de laquelle s’élabore et s’installe une véritable « modernité » de ton : Stendhal, Flaubert, Rimbaud et Mallarmé.
Après une bref épisode surréaliste qui, dès 1920, achève de rompre les digues du classicisme, j’ai choisi de remettre en perspective l’apport des deux figures les plus novatrices et les plus déterminantes du vingtième siècle littéraire français : Marcel Proust et Louis-Ferdinand Céline.
La seconde partie de ma thèse est consacrée à la « modernité » revendiquée comme telle : le Nouveau Roman, bien sûr, mais aussi, à partir des années 1990, l’avènement d’un « je » absolument intime préfigurant le succès, toujours vérifié aujourd’hui, de l’autofiction.
La question du style ne pouvant s’aborder qu’à mains nues, j’ai pris le parti d’une bibliographie reposant exclusivement sur les textes des auteurs eux-mêmes, et non sur une compilation de références d’études critiques.
Pour joindre le geste à la parole, j’ai attaché en annexe à ma thèse le déroulement d’un atelier d’écriture que j’ai animé à Paris en 2019 et intitulé Dire les choses. Ce choix a notamment pour vertu de montrer combien « écrire » et « s’écrire » nous met chacun face à un défi majeur de notre existence : se singulariser afin de ne pas se diluer dans le style et la pensée des autres.